Introduction — Le mail qui arrive pile quand vous avez roulé
Vous descendez dans le Sud, vous avez avalĂ© 700 kilomètres, vous avez croisĂ© six radars et vous n’ĂŞtes plus tout Ă fait certain d’avoir Ă©tĂ© irrĂ©prochable au niveau du panneau 110. Et lĂ , sur l’aire d’autoroute, votre tĂ©lĂ©phone vibre : « Dernier rappel avant majoration. Retrait de 3 points. Vous disposez de 24 heures. » Logo officiel, numĂ©ro de dossier, ton administratif impeccable.
👉 C’est faux. Une nouvelle campagne d’hameçonnage usurpant l’identitĂ© de l’ANTAI (l’Agence nationale de traitement automatisĂ© des infractions, celle qui gère vraiment les contraventions) a Ă©tĂ© repĂ©rĂ©e le week-end du 25-26 juillet 2026 et continue de circuler. Elle est bien faite. Et elle tombe au meilleur moment de l’annĂ©e pour les escrocs : celui oĂą des millions de Français conduisent plus que d’habitude et s’attendent vaguement Ă recevoir une amende.
Ce que raconte exactement le message (et pourquoi ça fonctionne)
Le courriel reprend la charte graphique de l’agence, mentionne un dossier nominatif et dĂ©taille un Ă©chĂ©ancier de pĂ©nalitĂ©s croissantes. Il annonce un « dernier rappel avant majoration », agite la menace d’un retrait de 3 points sur le permis, et vous laisse 24 heures pour rĂ©gler. Un dĂ©compte horaire, façon vente flash.
👉 Toute l’ingĂ©nierie de l’arnaque tient dans ce dĂ©lai. Un vrai courrier d’amende vous laisse le temps de rĂ©flĂ©chir, de râler, d’aller vĂ©rifier. Ici, on vous met un chronomètre sous le nez pour que vous cliquiez avant de penser. C’est exactement le but : court-circuiter la seconde oĂą vous vous dites « attends, c’est bizarre ».
Le détail qui trahit tout : regardez qui vous écrit
Dans la vague repĂ©rĂ©e ce week-end, les courriels partent d’une adresse hĂ©bergĂ©e sur le domaine wunay.com. Ce qui, pour une administration française, fait Ă peu près le mĂŞme effet qu’un gendarme qui vous demanderait vos papiers en tongs.
👉 C’est la vĂ©rification la plus rapide du monde : dĂ©pliez l’adresse complète de l’expĂ©diteur, pas juste le nom affichĂ©. Un service de l’État français Ă©crit depuis un domaine en .gouv.fr. Tout le reste, aussi bien imitĂ© soit-il, part Ă la corbeille.
Si vous cliquez : le formulaire qui n’en finit jamais
Cybermalveillance.gouv.fr, le dispositif public d’assistance aux victimes, dĂ©crit prĂ©cisĂ©ment le dĂ©roulĂ©. Le lien mène Ă un site copie conforme d’amendes.gouv.fr ou d’antai.gouv.fr : mĂŞmes logos, mĂŞmes couleurs, mĂŞmes rubriques. Certains liens de ce faux site renvoient mĂŞme vers les vraies pages officielles, histoire d’endormir les derniers soupçons.
Puis vient l’entonnoir, page après page :
- D’abord l’identitĂ© : nom, prĂ©nom, date de naissance, code postal, plaque d’immatriculation.
- Puis une page qui « confirme » l’existence de la contravention, avec un motif et un montant. C’est le moment oĂą vous y croyez vraiment.
- Ensuite les coordonnées : téléphone, adresse postale, ville.
- Enfin la carte bancaire : numéro, date de validité et cryptogramme à trois chiffres.
👉 Au bout du parcours, vous n’avez pas payĂ© une amende de 35 €. Vous avez offert un dossier complet — identitĂ©, vĂ©hicule, contact, moyens de paiement — Ă des gens qui, au choix, s’en serviront ou le revendront. Et la revente est le vrai problème : c’est ce qui alimente, quelques semaines plus tard, le fameux appel du « conseiller bancaire » qui connaĂ®t votre nom, votre banque et votre dernier achat.
La règle qui vous sauve : un seul site, tapé à la main
Cybermalveillance.gouv.fr le formule sans dĂ©tour : il n’existe qu’un seul site officiel pour payer une amende, http://www.amendes.gouv.fr. Et les avis de contravention sont principalement envoyĂ©s par courrier postal.
👉 D’oĂą le rĂ©flexe unique Ă retenir, qui marche pour l’ANTAI comme pour les impĂ´ts, l’Assurance maladie ou Service Public : ne cliquez jamais sur le lien de paiement contenu dans un message. Ouvrez votre navigateur, tapez l’adresse officielle vous-mĂŞme, connectez-vous. Si l’amende existe, elle sera lĂ . Si elle n’y est pas, vous venez d’Ă©conomiser bien plus que 35 €.
Le hic : l’ANTAI n’est pas la seule Ă se faire copier cet Ă©tĂ©
Le mĂŞme week-end, un faux courriel « Service Public » annonçait la dĂ©sactivation imminente de votre compte service-public.gouv.fr, avec un lien vers une page de collecte d’identifiants. La semaine avait aussi vu dĂ©filer de faux PayPal, de faux Prime Video et une petite sĂ©rie de boutiques en ligne qui encaissent sans jamais livrer.
👉 Le point commun de toute cette famille : la peur d’une sanction administrative ou la promesse d’une bonne affaire, plus une urgence artificielle. Dès qu’un message combine les deux, considĂ©rez par dĂ©faut qu’il est faux jusqu’Ă preuve du contraire — la preuve Ă©tant une vĂ©rification faite par vous-mĂŞme, sur le site officiel, sans passer par leur lien.
Vous avez cliqué ? Les réflexes de la première heure
Ça arrive, y compris Ă des gens très bien. L’important, c’est la vitesse :
- Faites opposition tout de suite auprès de votre banque, ou via le service interbancaire d’opposition carte bancaire au 0 892 705 705 (24h/24, 7j/7 — numĂ©ro surtaxĂ© : prix d’un appel + 0,34 € TTC/min).
- Conservez le message reçu : c’est votre preuve.
- Signalez les dĂ©bits frauduleux sur la plateforme Perceval du ministère de l’IntĂ©rieur, puis dĂ©posez plainte. Beaucoup de banques rĂ©clament l’un ou l’autre avant d’instruire un remboursement.
- Besoin d’ĂŞtre guidĂ© ? La plateforme Info Escroqueries rĂ©pond au 0 805 805 817 (gratuit, du lundi au vendredi de 9h Ă 18h30).
👉 Et si vous n’avez rien saisi mais reçu le message : signalez-le. Un SMS se transfère au 33 700 (gratuit), un courriel se signale Ă Signal Spam, et la tentative d’escroquerie se dĂ©clare sur internet-signalement.gouv.fr. Trente secondes qui font retirer les sites frauduleux plus vite.
Conclusion — Le doute coûte moins cher que le clic
đź’¬ Cette arnaque ne repose pas sur une prouesse technique. Elle repose sur un calcul très simple : en juillet, statistiquement, beaucoup de gens ont effectivement roulĂ© trop vite quelque part. Les escrocs n’ont pas besoin de vous connaĂ®tre, ils ont besoin que vous ayez mauvaise conscience pendant dix secondes.
Alors gardez une seule phrase en tĂŞte pour tout l’Ă©tĂ© : une amende ne se paie jamais depuis un lien reçu par message. Elle se paie sur amendes.gouv.fr, adresse tapĂ©e Ă la main. Et si le message vous met vraiment le doute, laissez-le tranquille vingt minutes : une vraie contravention sera toujours lĂ après le cafĂ©, une fausse aura juste perdu son effet.

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